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> Les carrières de Gypse

L'histoire de Triel au XIXème siècle se confond avec celle de l'exploitation des carrières de gypse sous le massif forestier de l'Hautil, entre Vaux et Chanteloup-les-Vignes. Paris est en pleine reconstruction et on a besoin de plâtre. La proximité du coteau de l'Hautil riche en gypse (pierre calcaire, dite pierre à plâtre) à quelques kilomètres de la capitale et celle immédiate d'une voie navigable, la Seine, pour le transport du minerai, présentent alors  un intérêt certain. Deux carrières vont alors s'ouvrir sur le territoire de TRIEL: Les Fontenelles et La Bérangère. Pour ces nouvelles voies d'accès, l'explosif fut utilisé, améliorant nettement le rendement. Jusque-là, le travail du carrier était essentiellement réalisé au pic (petite pioche bien connue des mineurs).

La carrière des Fontenelles fut ouverte en 1832 par M. Vallery, Directeur du Groupe Paul Barbé, après qu'il ait essuyé un refus de la commune de Vaux, pour l'ouverture d'une nouvelle carrière.
Les ouvriers employés aux carrières avaient mauvaise réputation. On les évitait. Il s'agissait souvent d'émigrés ou de "journaliers" au passé "un peu louche", peu regardants sur les conditions de travail et les risques encourus. On buvait ferme, le travail était dur et les accidents fréquents.
En 1863, la carrière est rachetée par la société du Port-Marron qui poursuivra son exploitation jusqu'en 1922.
Pour extraire la pierre calcaire, aucun boisage de soutènement. On creusait des tunnels tout en laissant de place en place d'énormes piliers sculptés dans la roche, formant un trapèze de 8 à 10m de haut, dont la partie haute est plus large que la partie basse, afin de supporter au mieux le poids énorme du plafond - la couche atteint plus de 70m en sommet de coteau-.L'ensemble du réseau ressemble à un gigantesque gaufrier. Malheureusement, cet ouvrage est fragile, l'eau toujours présente mine le calcaire. Les pieds de piliers poinçonnent le sol d'épaisseur insuffisante qui repose sur une couche de sable. Les piliers se dissolvent alors comme du sucre et se détachent du plafond qui tombe à son tour, entraînant tout ce qui se trouve au-dessus selon le phénomène bien connu du sablier, c'est le fontis.  Pour reprendre les propres mots d'un ingénieur des carrières "le destin d'une carrière à terme est de s'écrouler" (reportage télé FR3 en 2002).
Lorsque la carrière était encore accessible, on pouvait y voir des graffitis laissés par les ouvriers de toutes les époques. Au début du XIXème les personnages représentés portaient le bonnet Napoléonien. Les plus récents ont été réalisés par la population Trielloise réfugiée dans les carrières pendant les bombardements de la seconde guerre mondiale. Des dessins d'avions, terreur des habitants, y sont représentés en grand nombre.
Des chevaux permettaient le transport des wagonnets de minerai. Des rails, ainsi qu'un terminal qui reliait le port en bord de Seine, témoignent de cette entreprise .

La carrière de la Bérangère fut ouverte quelques mois après celle des Fontenelles par M. Valléry également. A l'époque, il était à la fois Directeur des carrières et Maire de Triel.  Cette carrière fut rachetée ensuite par M. Vallée. L'exploitation s'acheva en 1900. Après cette date, elle fut utilisée comme champignonnière, jusqu'en 1942. M. Barey et Dubosq jusqu'en 1922, puis par M. Duroselle jusqu'en 1932. Mais les nuisances apportées par l'odeur du fumier de cheval, matériau naturel indispensable à la culture du champignon dit "de Paris", donnèrent lieu à de nombreuses plaintes du voisinage. Sous la pression des riverains, toute exploitation fut alors abandonnée. Aujourd'hui, les carrières non entretenues et non aérées sont en grande partie inondées et s'écroulent inexorablement. L'air à l'intérieur y est irrespirable par manque d'oxygène et le danger d'éboulement est permanent. La mort d'un jeune de vingt ans en 2001 dans un fontis qui s'était ouvert dans un jardin, rue des Frères Leyris, a entrainé l'interdiction des accès à la forêt, sur toute la zone. Des travaux de consolidation furent entrepris en mai 2008, route de l'Hautil par la Direction Départementale de l'Equipement. Des dizaines de pavillons menacés situés en zone rouge ont du être expropriés.
Rôle des carrières pendant la deuxième guerre mondiale
En 1942, un service de défense passive fut créé à Triel sous la direction de M. Grelbin. Les carrières équipées de l'électricité, d'eau courante et de toilettes pouvaient offrir un abri sûr en cas de bombardement.
Les anciens se souviennent encore de cette époque où en cas d'alerte donnée par le tocsin, les Triellois rejoignaient la carrière de la Bérangère dont l'entrée se trouvait sous la rue du Bois-Roger. En 1944, deux enfants : Chantal-Danielle Ciza et Jean-François Blondy naquirent même à cet endroit durant une alerte. Heureusement, il y avait une sage-femme à demeure!
Le 25 août 1944, Triel était occupée par les Allemands. Les alliés qui se trouvaient sur la rive gauche commençaient à bombarder la ville. La situation devenait délicate,  aussi afin d'éviter une catastrophe, le 26 août au soir, Monsieur Rodier maire de Triel, assisté du Dr Bouvet qui parlait allemand et de Mme Pestel,  (héroïne locale de la résistance)  négocièrent la mise à l'abri de 4000 Triellois, avant que ne commencent les hostilités.  Ce n'est que le 30 août  que les habitants purent regagner leur domicile après plusieurs jours d'angoisse.
Aujourd'hui, l'accès des carrières en grande partie effondrées est fermé. Leur comblement ne peut être envisagé en raison du coût et de l'incidence des explosifs qu'il faudrait utiliser à proximité de zones urbanisées. De plus la présence d'eau stagnante et de sources dans les galeries rendrait délicat voire dangereux une telle entreprise. Le site du stade à l'Hautil, isolé, avait pu être foudroyé voici quelques années pour y construire les terrains de sports actuels.

En conclusion : Les carrières sont donc appelées à disparaître lentement mais inexorablement. En attendant, la prudence est de mise, un fontis peut s'ouvrir à tout moment dans cette zone. Cette forêt est belle mais trompeuse. On y trouve de nombreuses hardes de sangliers, cerfs, biches, renards et oiseaux de toutes sortes Laissons-les y vivre en paix maintenant que le bruit des siècles derniers a enfin cessé…

Jean Rafton

Photo avec l'aimable autorisation de Édouard BERGÉ , pour en voir plus, cliquez ici
 

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